Ce petit monde de l'hypothétique nuage d'Oort a la particularité de posséder un périhélie exceptionnellement distant : même au point de son orbite le plus proche du Soleil, 2012 VP113 n'en approche pas à moins d'environ 80,6 UA, soit quelque 12 milliards de kilomètres.
1. Un monde qui ne s'approche jamais du Soleil
L'orbite de 2012 VP113 est immense et très elliptique. Son demi-grand axe est d'environ 268 UA et son aphélie se situe vers 454 UA. Il lui faut approximativement 4 400 ans pour effectuer une révolution autour du Soleil.
À titre de comparaison, Neptune orbite à environ 30 UA du Soleil et Pluton s'en approche jusqu'à quelque 30 UA.
2012 VP113 ne pénètre donc jamais dans la région occupée par les planètes géantes. Même à son périhélie, il reste presque trois fois plus éloigné du Soleil que Neptune.
Il est ainsi largement découplé de l'influence gravitationnelle directe de cette dernière. C'est précisément cette caractéristique qui rend les sednoïdes si intéressants : les planètes actuellement connues expliquent difficilement comment ces objets ont acquis de telles orbites [1][2].
2. À quoi ressemble 2012 VP113 ?
2012 VP113 présente une luminosité extrêmement faible et n'a jamais été observé avec suffisamment de résolution pour en distinguer sa surface. Son diamètre est indirectement estimé : en supposant un albédo d'environ 15 %, sa luminosité correspondrait à un objet d'environ 450 km de diamètre [1].
Il serait donc nettement plus petit que Pluton et environ deux fois plus petit que Sedna. Sa taille pourrait néanmoins être suffisante pour que sa gravité lui ait donné une forme approximativement sphérique, ce qui en ferait un candidat possible au statut de planète naine.
Les observations photométriques indiquent également une surface modérément rouge [1], une coloration fréquente parmi les objets glacés du Système solaire externe, pouvant notamment résulter de la transformation de composés carbonés par plusieurs milliards d'années d'irradiation.
3. De Sedna aux sednoïdes
Lorsqu'elle fut découverte en 2003, Sedna constituait une énigme. Son périhélie, situé à environ 76 UA, était beaucoup trop éloigné pour que Neptune puisse facilement expliquer son orbite actuelle. La découverte de 2012 VP113 permit à Trujillo et Sheppard de proposer que ces deux objets puissent appartenir à une population beaucoup plus importante située entre la ceinture de Kuiper et le très lointain nuage d'Oort : ce que l'on appelle parfois le nuage d'Oort interne [1].
Depuis, deux autres sednoïdes particulièrement convaincants sont venus rejoindre cette minuscule famille : (541132) Leleākūhonua et, en 2025, 2023 KQ14, surnommé Ammonite. Ce dernier possède un périhélie d'environ 66 UA [3].
4. Une nouvelle planète dans le nuage d'Oort ?
Selon les auteurs, les objets de taille et de masse relativement importantes pourraient ne pas être rares au delà de Kuiper.
L'orbite la plus proche mène 2012 VP113 à 80 UA du Soleil. Pour rappel, les astéroïdes et les planètes telluriques existent, dans le système solaire, entre 0,39 et 4,2 UA. Les géantes gazeuses s'étendent sur une portion de 5 à 30 UA, et la ceinture de Kuiper (comprenant entre autres de Pluton) s'étend de 30 à 50 UA.
Pour réaliser leurs observations, Sheppard et Trujillo ont utilisé la Dark Energy Camera (DECam) sur le téléscope NOAO du Chili, qui leur a permis de découvrir l'objet. Le téléscope Magellan du Carnegie's Las Campanas Observatory a permis quant à lui d'en déterminer l'orbite et d'estimer certaines propriétés de surface. Sur la base de ce qu'ils ont découvert, les deux chercheurs ont estimé que plus de 900 objets comparables à Sedna et VP113, d'une taille dépassant les 1000 km de diamètres, pourraient exister dans le Nuage d'Oort.
Ci-contre : diagramme orbital (img : Sheppard) : en violet (externes) les orbites d'Uranus et Neptune, en orange, l'orbite de Sedna, en rouge, celle de 2012 VP113. le rond violet au centre représente le système solaire, dont le Soleil, la Terre, jusqu'à Saturne.
S'il advenait qu'un objet unique en soit l'origine, il pourrait alors exister également, une planète aux dimensions impressionnantes, de la taille d'une super-Terre (entre 2 et 5 fois la masse terrestre), peut-être davantage, selon l'éloignement, notamment.
La découverte récente d'Ammonite semble toutefois contredire l'hypothèse d'une planète 9 : son orientation orbitale diffère sensiblement de celle des trois sednoïdes précédemment connus, ce qui impose de nouvelles contraintes aux modèles faisant intervenir une planète lointaine [3].
2012 VP113 reste intéressant pour son orbite : ce petit monde de quelques centaines de kilomètres pourrait conserver dans sa trajectoire la trace d'événements remontant aux premiers temps du Système solaire.
Le nuage d'Oort
Trois théories s'affrontent pour tenter d'expliquer la présence du nuage d'Oort, s'il existe. La première suggère qu'une planète isolée pourrait avoir été éjectée de la zone des géantes gazeuses, emmenant avec elle de nombreux objets au delà de la ceinture de Kuiper. Une seconde hypothèse prend en compte la possibilité d'un passage proche d'un autre système solaire, dont l'interaction entre celui-ci est le nôtre aurait produit les objets du nuage d'Oort. Une troisième hypothèse, enfin, suggère que les objets du nuage d'Oort sont des objets extrasolaires capturés par le soleil peu après sa naissance.
On distingue deux nuages d'Oort, l'un interne, l'autre externe, qui commence au delà de 1500 UA, une distance littéralement astronomique, dont les éventuels objets verraient leurs orbites être perturbées par les étoiles voisines, jusqu'à parfois en être totalement modifiées, comme c'est le cas des orbites des comètes.
Les objets du nuage d'Oort interne, par contre, ne semblent pas réellement très affectés par la force de gravitation des autres étoiles, et présentent des orbites plus stables.
Fiche d'identité
Bibliographie et références
- [1] Trujillo, C. A. & Sheppard, S. S. (2014). A Sedna-like body with a perihelion of 80 astronomical units. Nature, 507, 471–474. Article annonçant la découverte de 2012 VP113 et proposant l'existence d'une population d'objets appartenant au Système solaire externe ou au nuage d'Oort interne. DOI : 10.1038/nature13156.
- [2] Brasser, R. & Schwamb, M. E. (2015). Re-assessing the formation of the inner Oort cloud in an embedded star cluster – II. Probing the inner edge. Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, 446, 3788–3796. Étude de la formation et de la dynamique du nuage d'Oort interne.
- [3] Chen, Y.-T. et al. (2025). Discovery and dynamics of a Sedna-like object with a perihelion of 66 au. Nature Astronomy. Découverte et étude dynamique de 2023 KQ14 (« Ammonite »), quatrième sednoïde connu.
- JPL Small-Body Database / Horizons. Éléments orbitaux actualisés de 2012 VP113.





